Atterrissage

Les aventures de Max – Épisode 13

Retour à la case départ. Bientôt la rentrée ! En vidant les valises et en pensant au retour au télétravail, Papa et Maman n’arrêtaient pas de pousser des soupirs à fendre l’âme en disant que c’était dur d’atterrir. Mon petit frère a fini par leur demander s’ils disaient ça parce qu’on revenait de la montagne. Il nous a dessinés tous les cinq dans un vaisseau spatial en orbite autour des sommets enneigés. Une flèche vers notre maison située tout en bas. Objectif Terre ! Remarquez, si on avait voyagé en fusée ça nous aurait évité les bouchons du retour.  Comme si tout le monde s’était donné rendez-vous à 18h au péage. La piste d’atterrissage était noire de voitures. Incroyable.

On a beaucoup joué au Mille bornes pendant les vacances. Quand on avait un feu vert, on allait bien plus vite qu’en voiture sur l’autoroute, surtout quand on avait la botte du véhicule prioritaire. Mieux qu’une attestation cette carte ! On peut aller n’importe où, à l’heure qu’on veut, et EN PLUS en doublant tout le monde. Trop bien. C’est curieux qu’il n’y ait pas d’avion dans le jeu, ça mettrait un peu de piment. D’un seul coup, on pourrait aller au moins à 500 km/h. On ne verrait même pas les escargots, et on dépasserait les hirondelles, ultra fastoche. La fable du lièvre et de la tortue serait complètement has been ! Je dis ça, mais l’aéronautique a quand même l’air un peu dépassée en ce moment. Mon oncle qui était ingénieur à Toulouse chez Airbus, nous a annoncé qu’il déménageait à Paris pour se reconvertir dans la conception de plexiglas nouvelle génération ; une matière révolutionnaire qui fera qu’on pourra enfin entendre les commerçants quand ils parlent derrière leur hublot. Il nous a dit que les avions étaient en quarantaine en ce moment. Interdiction de décoller. Avec les turbulences mondiales, le nombre de vols est en chute libre, ce n’est pas demain la veille qu’on pourra explorer tous les continents. Heureusement que le virus nous fait parcourir le monde, lui ! Ma sœur est passionnée de géographie et elle s’amuse à planter des drapeaux sur son planisphère là où il y a des variants du virus. Angleterre, Brésil, Afrique du sud, on en voit du pays… On va même dans l’espace avec Spoutnik ! Au départ, on ne comprenait pas trop pourquoi les parents disaient que les Russes essayaient de décrocher la lune avec leur vaccin… Ils étaient très contents de leur jeu de mots, mais pour nous c’était la nuit noire. Ils nous ont expliqué l’histoire de Spoutnik avec des photos de Laïka, la première chienne envoyée dans l’espace. Mon petit frère était très intéressé. J’ai même cru qu’il allait débaptiser Mauricette, sa souris. Finalement, il a juste essayé de la déguiser en cosmonaute avec un bocal de confiture vide sur la tête et un habit en aluminium. Il faut dire que c’était Mardi gras. On a préparé des crêpes. On en a fait atterrir quelques-unes par terre pour prouver les lois de la gravité, mais dans l’ensemble on s’est débrouillés comme des Top Chefs. Certaines avaient tellement de cratères qu’elles ressemblaient à la Lune. Ça a beaucoup inspiré ma sœur. Elle a pris plein de photos en gros plan et elle les a accrochées au-dessus de son lit pour avoir l’impression de voyager dans l’espace.  Alunissage au pays des rêves ! La prochaine fois, on essaiera de mettre du colorant rouge dans la pâte pour que ça ressemble à la planète Mars. Il paraît que les Américains et les Chinois font la course pour être les premiers à aller tout là-haut. Au moins, le temps d’arriver à leur destination, plus aucun astronaute n’aura de virus. Une planète covid free, ça doit faire un peu drôle.

Mais revenons à des choses plus terre à terre. Dernièrement, on a eu de la visite et on est allés se promener en centre-ville. Les parents voulaient montrer à leurs amis quelques monuments célèbres, mais très vite, ils sont sortis de leur trajectoire et se sont mis à montrer tous les restaurants et les bars qu’ils préfèrent. Une vraie visite guidée du monde d’avant, sauf que tout était fermé, ce n’était pas passionnant. Ils poussaient à nouveau des soupirs à fendre l’âme, en disant que le passé avait l’air d’être à des années-lumière, un an déjà la pandémie, incroyable, rendez-vous compte, et qu’ils donneraient beaucoup pour un café en terrasse, ou un steak tartare trop cuit pourvu que ce soit dans cette magnifique petite brasserie qui propose des frites maison incroyables et d’excellents légumes de saison. Ils étaient en apesanteur dans leurs souvenirs, on a eu du mal à les faire redescendre.

Ils exagèrent de se plaindre. Avant Mardi gras, c’était la Saint-Valentin. Papa et Maman ont beau dire que c’est une fête ultra-commerciale, très peu pour eux, non merci, on avait bien capté leur petit regard mélancolique quand ils ont perdu la boussole devant les restaurants. Alors on a décidé de prendre les choses en main même si la date était un peu passée. On a accroché des guirlandes de Noël, on a allumé des bougies et on a organisé une soirée surprise. Un beau tête-à-tête en famille, le firmament du romantisme ! Pour être tranquilles, on a fait semblant d’être devant la télé, parce qu’on sait que ça leur fait perdre la notion du temps. Quand ils se mettent devant leur ordinateur, allo la terre, le monde extérieur n’existe plus. Ma sœur et moi, on en a profité pour tout préparer. Comme le dieu de l’amour c’est Apollon, on a baptisé notre restaurant « Mission Apollo ». Pour montrer que notre cuisine était au moins trois étoiles, mon petit frère a décoré le menu avec un très beau système solaire. Il a dessiné Papa et Maman plantés sur une planète bleue avec la chienne Laïka qui leur offre une rose rouge. On aurait un peu dit une image du Petit Prince. Vous connaissez cette histoire ? Il paraît qu’elle a été écrite par un aviateur célèbre du vingtième siècle quand il a atterri dans le désert. Au moins, à l’époque, on pouvait voyager.  Je dois lire ça pour le collège ; j’aurais préféré lire Star Wars mais ce n’est pas encore sorti en livre. Pour revenir au dîner de la St Valentin, on a frôlé le trou noir quand ma sœur a glissé sur les feutres de mon frère et qu’elle a fait un vol plané avant de tomber sur moi, mais dans l’ensemble tout s’est déroulé parfaitement. J’ai réussi à ne pas lâcher le bol et quand les chips ont sauté un peu partout, on a appelé ça la pluie d’astéroïdes. On s’était déguisés en extra-terrestres pour faire le service. Surtout mon frère qui s’était barbouillé avec le rouge à lèvres et le mascara de Maman pour faire semblant qu’il venait d’une autre galaxie. J’ai bien vu que Papa et Maman se retenaient de le gronder ; tant mieux, ce n’était pas le moment de gâcher l’atmosphère. Pour les plats, on a fait avec les moyens du bord, mais on était contents du résultat. En entrée, honneur à Vénus : une étoile du Berger fabriquée avec des apéricubes ; en plat principal une pizza surgelée à la tomate façon Mars, et en dessert une crème vanille Voie lactée. Il n’y avait pas énormément à manger, mais Papa et Maman nous ont dit que c’était toujours comme ça dans les restaurants gastronomiques. Au moins, on ne leur a pas fait manger de nourriture lyophilisée. Ensuite, on a passé « Rencontre du troisième type » en projection privée. Je crois que la soirée a plu aux parents. Ils avaient des étoiles filantes dans les yeux.

2 commentaires sur « Atterrissage »

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