Remue-ménage

Les aventures de Max – Épisode 14

 Que d’histoires ! Tout ça, c’est à cause de l’annonce du carnaval de l’école. Heureusement qu’au collège on a dépassé l’âge des déguisements, le masque nous suffit. De retour à la maison, ma sœur et mon frère ont commencé à se disputer pour savoir qui mettrait le bandeau de pirate. Au tout début, mon frère voulait se déguiser en grenouille car il adore la nature, mais quand il a vu ma sœur essayer mon ancien costume de Pirate des Caraïbes, ça lui a fait hyper envie. Il s’est imaginé en corsaire des mares, à l’assaut de tous les nénuphars qui passent, et il a commencé direct à attaquer ma sœur pour lui arracher son bandeau. C’est parti dans tous les sens pour savoir qui récupèrerait le butin. Les coups pleuvaient. Moi, je me contentais de compter les points, c’était plutôt distrayant. À force, comme le bandeau risquait d’être déchiré, les arguments choc ont commencé à voler aussi. Du lourd mais pas forcément de quoi amadouer l’adversaire. Mon frère répétait que les pirates c’est pour les garçons, qu’une piratrice ça n’existe même pas et que ma sœur n’avait qu’à se déguiser en princesse fraise tagada ou en lapin à paillettes, vu qu’elle adore ça. Ma sœur disait qu’elle avait eu l’idée la première de se déguiser en capitaine Crochette et qu’elle n’allait pas se laisser faire, mille sabords. Comme mon frère prenait un air ultra féroce et menaçait de se mettre à pousser le cri suraigu dont il a le secret et qui dégage à peu près autant d’ultrasons qu’un boulet de canon, elle a fini par lui crier que d’abord c’était la journée des femme, point final de la discussion et qu’on allait voir ce qu’on allait voir, pas question de se laisser faire par un garçon idiot, encore moins un jour comme ça. Mon frère en est resté bouche-bée au moins cinq secondes et demi, et il a couru voir les parents pour se plaindre des mensonges de Capitaine Crochette et réclamer justice, qu’est-ce que c’était que cette histoire de journée pour les filles ? Il a vite oublié ses rêves de pirate quand il a découvert que ma sœur avait raison. Maman a expliqué que le 8 mars était une journée très importante, une journée pour les droits des femmes ; elle a ajouté que les filles avaient raison de combattre l’oppression des hommes, qui étaient souvent méchants avec elles. Mon frère est resté silencieux un moment, et puis il a dit que ce n’était vraiment pas juste, que d’abord c’était toujours notre sœur qui choisissait les dessins animés et qu’elle ne voulait jamais lui prêter ses poupées, alors qu’il n’y avait pas plus gentil que lui, qu’il avait dévissé la tête de la Barbie une fois pour voir ce qu’il y avait à l’intérieur, mais que ce n’était pas sa faute s’il n’avait pas pu la recoller. Surtout il a demandé si ça allait bientôt être le jour où les garçons ont le droit de combattre les méchants. Quand ma mère lui a dit avec un sourire un peu gêné que ce jour n’existait pas, il s’est mis à pleurer. Je le comprends, le combat pour l’égalité est un combat de tous les instants. Heureusement, ma sœur est plutôt sympa. Elle a caché le bandeau de pirate sous son lit, mais elle a prêté sa baguette de fée à notre frère. Magie de la magie, il a aussitôt arrêté de pleurer et il a demandé s’il pouvait se déguiser en grenouille-fée pour le carnaval avant de courir dans la salle de bains vérifier que la baguette magique était bien étanche.

Moi, sur les droits des garçons, j’ai un peu lâché l’affaire. J’ai essayé de faire une plaisanterie l’autre jour mais ce n’est pas très bien passé. Est-ce que vous connaissez le féminin de « Assis devant la télé » ?….. « Debout dans la cuisine » ! C’est une blague, pas bien méchante, que j’ai entendue sur TikTok. Maman est montée sur ses grands chevaux. J’étais un peu déçu, je pensais que les filles étaient capables de comprendre le second degré. Je le sais bien que c’est une blague du monde d’avant-avant et que la société a changé, blablabla. La preuve, c’est que les films, ça ne passe plus trop sur la télé et que Papa est très fier de ses talents de cuisinier. Mais mon talent de la provocation n’a pas fait rire Maman… #AuSecoursLePolitiquementCorrect, elle est allée chercher Papa pour se plaindre. Là non plus, pas un gramme de solidarité masculine : il m’a fait la morale en long en large et de travers…avant de m’envoyer éplucher des légumes. Mince, je suis un incompris ! Et pourtant j’aimerais qu’on reconnaisse mes efforts pour la cause des femmes. Le mois dernier, j’ai empêché mon frère de fabriquer un lasso avec la corde à sauter de ma sœur, j’ai aidé à réparer le train de Charlotte aux fraises, et surtout j’ai milité pour une revalorisation générale de notre argent de poche, sans distinction d’âge ni de sexe. En plus, je n’aime même pas le foot ! Je ne comprends d’ailleurs pas que les filles s’y soient mises alors qu’elles, au moins, elles n’étaient pas obligées d’en faire.

Faut dire que je déteste les stéréotypes en général. Les parents n’arrêtent pas de dire à leurs amis que je suis en train de devenir un ado geek. Soit-disant parce que je passe beaucoup de temps dans ma chambre avec mon téléphone. N’importe quoi. Le WE dernier, je suis arrivé plusieurs fois à l’heure à table, et je suis sorti au moins 30 minutes avec les copains. J’ai même fait du sport ! Oui, parce que Maman n’arrête pas de dire qu’il faut dépasser le cliché des garçons ultra-musclés, et en même temps, elle me tanne pour que je fasse de l’exercice parce que c’est bon pour la santé et que j’ai besoin de me défouler. Les livres, c’est pareil. Elle qui nous répète sans cesse qu’enfant, elle admirait tellement Claude, un vrai garçon manqué, dans Le Club de Cinq, elle est un peu déçue que ma sœur préfère Annie avec ses longs cheveux blonds réussis et son air de froussarde un peu cruche. Mais en même temps, Maman a absolument voulu que ma sœur regarde les films Sissi avec elle, parce que c’est une princesse tellement romantique, et que ça allait être un chouette moment entre filles. Bonjour le cliché. Comme je n’aime pas trop les discriminations, j’ai regardé en douce moi aussi. Les décors sont pas mal, mais je n’ai jamais rien vu d’aussi affligeant. À partir du moment où elle tombe amoureuse de François-Joseph, Sissi abandonne tout ce qu’elle préfère pour devenir une impératrice accomplie qui n’a plus le droit de rien faire. Preuve que tout ça est très pénible, elle finit par attraper une maladie grave qui la fait tousser, on dirait le covid, en tout cas tout le monde a l’air aussi affolé qu’avec la pandémie. Pourquoi est-ce que Sissi n’a pas imité Meghan Markle dès le début de son mariage ? Une belle scène de ménage, le kidnapping du mari pour qu’il abdique, et un déménagement en Californie. Libérée délivrée mais de préférence là où il fait chaud, pas comme chez la Reine des neiges qui transforme tout en glaçon. Bronzage, baignade et glace trois parfums au pays des surfeurs… Dans la vie, au lieu de se sacrifier, il faut savoir se ménager.

En France, si le président me demandait de faire une vidéo pour convaincre tous les enfants qu’il ne faut pas être sexiste, je pense que je ferais aussi vite que McFly et Carlito. Moi aussi j’adore les missions présidentielles qui font devenir célèbre et j’ai même commencé à réfléchir aux paroles, figurez-vous. J’tirais les cheveux des filles, mais promis, Manu, j’vais faire gaffe. J’en peux plus des Polly Pocket, j’ai peur de manquer de patience, mais fais-moi confiance, je vais changer de comportement, j’vais devenir un ange. À bas toutes les barrières, filles et garçons on est dans la même galère. On n’est plus au Moyen-Âge, faut que ça déménage, et si on arrêtait tous de faire le ménage ?. Et si je suis invité à raconter des anecdotes dans l’émission de McFly et Carlito, j’en aurai plein à raconter. Des carrément incroyables. Celle de mon petit frère qui a décidé de faire la grève du rose l’été dernier quand Papa a essayé de lui faire goûter des betteraves. Il n’a pas tenu très longtemps, cela dit. Le premier soir, il a refusé qu’on lui lise une histoire de Barbapapa, le deuxième soir, il a sauté la page des flamants roses dans son gros livre de la nature, mais le troisième soir, il a craqué dès qu’il a vu qu’il y avait des framboises au dessert. Il en a repris trois fois et il est allé relire Les Trois Petits Cochons à ses peluches. Une autre anecdote sympa, c’est quand il a changé les règles de la bataille en expliquant que les cartes du Roi et de la Reine étaient de la même force. Je pense surtout qu’il essayait de tricher, mais j’ai cru que Maman allait l’inscrire pour le prix Nobel de la parité. Elle avait la larme à l’œil, un vrai cœur d’artichaut. Elle a eu l’air un peu plus embêtée, quand ma sœur a ramené une dictée pleine de fautes en expliquant qu’elle avait décidé d’accorder tous les participes passés au féminin. Maman a dit qu’elle comprenait mais que ce n’était pas demain la veille qu’on allait libérer l’orthographe et qu’il fallait être encore un peu patiente.

Après, des fois, faut pas pousser dans le féminisme. L’autre jour, grand débat à table pour savoir si Blanche-Neige et La Belle au bois dormant étaient consentantes. Bah, quelle question, évidemment qu’elles ne l’étaient pas. C’est sûr qu’elles auraient sûrement préféré ne pas se piquer le doigt en essayant de faire de la couture ou bien ne pas manger de pomme pourrie parce qu’elles étaient censées préparer de la compote au dessert. Elles auraient préféré aller se promener entre copines au bord d’un étang pour choisir le plus beau crapaud et lui faire un bisou de princesse charmante. Au lieu de ça, les voilà embrassées pendant leur sommeil par l’homme de leur vie qu’elles ne connaissaient même pas. Il y a vraiment de quoi être traumatisée au réveil quand on y pense. Mais on pourrait aussi plaindre un peu les princes, vous ne croyez pas ? Au lieu d’être surentraînés à combattre un dragon au péril de leur vie pour une inconnue parfaite , est-ce qu’ils ne préfèreraient pas rester tranquillement chez eux à cuisiner des tacos ou à jouer à des jeux vidéo en réseau avec les autres princes de la planète ? Et puis un beau jour, ils rencontreraient une fille geek sympa qui aimerait autant qu’eux Fortnite et les kebabs. Coup de foudre sur Twitch. Ils s’écriraient sur les réseaux sociaux où l’orthographe est sans foi ni loi, et ils finiraient par se donner rendez-vous avant le couvre-feu. C’est ça, la modernité. Ils vivraient heureux et n’auraient peut-être même pas d’enfant à emmener aux cours de danse ou d’escrime. La vie royale, sans charge mentale. Et toc.

Pour en finir avec les contes, d’accord Barbe Bleue y va un peu fort avec ses femmes, mais il y a bien quelques garçons positifs dans le lot, non ? Le Petit Poucet ! il est sympa, malin et il a le sens de l’intérêt général. C’est trop facile de toujours critiquer les hommes. Quand on voit les dégâts causés par les fées au moment des baptêmes, y a de quoi se poser quelques questions… Ce sont souvent les femmes qui mènent tout le monde à la baguette, c’est moi qui vous le dis. Dans Le Petit Chaperon Rouge, QUI envoie l’héroïne en forêt dans la gueule du loup ? C’est la mère. Complètement inconsciente, on ne le dit pas assez. Pour apporter des galettes à la grand-mère, en plus, comme si elle ne pouvait pas s’en fabriquer elle-même. Et un pot de beurre en prime, comme s’il ne fallait pas qu’elle fasse attention à son cholestérol. Les grands-mères sont ultra chouchoutées. La preuve, c’est que maintenant, elles ont une fête et pas les grands-pères. C’est juste ça ? La vie des hommes n’est pas toute rose, c’est moi qui vous le dis.

4 commentaires sur « Remue-ménage »

  1. Merci Max pour ces analyses déjà bien profondes sur l’égalité fille/garçon! Et, tu as raison! N’oublions pas, individuellement, tous les garçons « adorables ». L’égalité, ce n’est surtout pas les filles contre les gars ni les filles calquées sur les garçons ni l’inverse!
    Max, 2021, et le sujet reste toujours aussi épineux… On avance…mais extrêmement doucement en réalité!

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  2. Je suis toujours avec plaisir les aventures de Max dans lesquelles je trouve toujours des échos à ma vie de maman. Pas si simple pour les parents de transmettre les valeurs d’égalité homme femme aux enfants… Mon max de 11 ans n’tétait pas du tout content l’autre jour:  » féminisme, féminisme , mais à quand le masculinisme ??? » m’a t’il sorti. J’ ai encore du boulot pour qu’il intègre que le féminisme, ce n’est pas la soumission des hommes et que l’égalité entre les femmes et les hommes est encore « work in progress » ! Mais je suis confiante !

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