À l’abordage !

Les aventures de Max – Épisode 3

À l’abordage ! Bientôt l’été. Papa et Maman ont décidé de renouer avec la vie sociale. Déjà, il fallait qu’on soit présentables pour la venue de Mamie, alors Maman a pris rendez-vous chez le coiffeur. Ce n’était pas une mince affaire parce qu’il fallait convaincre mon petit frère de mettre un masque et ça, c’était pas super gagné. Au téléphone, Maman a bien essayé de négocier en disant que le masque n’était pas obligatoire avant 11 ans, mais quand la coiffeuse lui a dit que la seule solution était de venir en pleine nuit, parce que sinon les autres clients allaient avoir peur, elle n’a pas insisté. Je pense qu’elle s’est dit qu’il fallait qu’elle garde un peu d’énergie pour la suite. Parce que bon, quand on a été tous les trois installés au bac à shampooing et que Maman a compris qu’il allait falloir qu’elle attende debout dans le carré près de la porte, elle n’a pas eu l’air super contente, un peu comme quand je l’ai réveillée à 6h du mat pour lui faire réchauffer de la pizza le jour où les copains sont venus camper dans le jardin. Là aussi, elle a soufflé un grand coup – enfin je pense, parce que ses lunettes étaient toutes pleines de buée –, mais au lieu de se fâcher sur la coiffeuse, elle a pris sur elle et elle a demandé très gentiment si elle pouvait s’asseoir pas loin de nous. Cette fois c’est la coiffeuse qui a fait une drôle de tête ni oui ni non, parce que vous comprenez, il allait falloir qu’elle nettoie le siège après le départ de Maman et ça n’avait pas l’air de lui faire spécialement plaisir. Maman n’a pas insisté et est allée attendre dans la voiture. Elle est quand même revenue plusieurs fois. Pour voir si tout y allait bien je crois, à moins que ce soit pour pouvoir utiliser la pompe automatique de gel hydroalcoolique, trop rigolote à l’entrée. Ma sœur s’est frictionné les mains au moins quatre fois quand nous sommes arrivés, ça faisait un petit embouteillage derrière elle, heureusement qu’on était en famille. Mon petit frère a été ultra-chou, il a bien voulu mettre le masque. Moi, je n’ai rien dit, mais je pense qu’il s’attendait à avoir une sucette à la fin comme d’habitude. Eh bien non ! La coiffeuse a dit, vous comprenez, c’est plus possible par les temps qui courent. Moi, je veux bien tout comprendre, mais je ne suis pas sûr qu’il va remettre le masque la prochaine fois, mon petit frère, y a pas de raison. Déjà qu’il n’a même pas eu le droit de toucher le documentaire sur la ferme qu’il apprend par cœur à chaque fois qu’on vient au salon de coiffure. Tout se perd mes amis, c’est moi qui vous le dis. Quand tout a été fini, la coiffeuse nous a remis du gel sur les mains, elle a expliqué que c’était pour ne pas avoir à désinfecter la poignée de la porte après notre sortie. J’ai mieux compris pourquoi elle fronçait les sourcils chaque fois que Maman rouvrait la porte pour sortir du salon et retourner lire dans la voiture.

Je suis aussi allé chez le dentiste et l’orthodontiste. Un vrai cahier de textes de ministre cette fin d’année ! C’était un peu moins compliqué que chez le coiffeur. Déjà, à chaque fois, maman a pu s’asseoir dans la salle d’attente, elle était super contente, le bonheur tient à peu de choses finalement. Un vrai moment zen qui lui a permis de décompresser, surtout après le moment où elle est devenue toute rouge quand la secrétaire de l’orthodontiste habillée en cosmonaute lui a demandé si elle avait apporté son propre stylo pour remplir la fiche de renseignements. Maman a vidé son sac à main et j’ai bien vu que c’était l’angoisse quand un vieux kleenex en est sorti, presque sur la tête de la secrétaire. Maman s’est étranglée dans son masque, mais finalement, ça a été efficace parce que je ne l’ai jamais vue ranger aussi vite son sac, et la secrétaire s’est dépêchée, elle aussi, de lui prêter son stylo en lui faisant un sourire gêné. Maman a juré craché –enfin pas trop quand même –  qu’elle s’était bien gélifié les mains à l’entrée, qu’elle pensait qu’il n’y aurait pas de problème, qu’elle était vraiment désolée, qu’on ne l’y reprendrait plus, ça non non non. Et puis elle a donné à la secrétaire sa carte vitale. Je me suis demandé si la secrétaire allait refuser de la toucher, mais non pas du tout, elle ne l’a même pas désinfectée, les adultes sont bizarres. Après ça, maman était un peu déconcentrée quand même : elle n’a pas vu les flèches par terre pour aller dans la salle d’attente, et elle a oublié de tourner à droite après la plante verte au lieu d’aller tout droit. Quand la dame qui allait la croiser en sortant a fait un bond en arrière dans la plante, maman est devenue encore plus rouge. Trop drôle, on aurait dit une vidéo TikTok. Un peu comme la course poursuite de l’autre jour dans le magasin de chaussures. C’est que mon petit frère, il adore suivre les flèches, un peu trop même. Heureusement, on a réussi à l’arrêter juste avant les portes automatiques.

Après l’orthodontiste, pour se détendre un peu et retrouver la civilisation, on est allés au supermarché. C’était la première fois que j’y allais depuis le début du déconfinement. Ça m’a fait plaisir de revoir tous les rayons. Même pas de flèches ni de sens interdit, on pouvait aller où on voulait, comme on voulait, trop bien. Maman a un peu hésité mais elle a fini par me laisser aller, comme d’habitude, dans le rayon des revues. Il était drôlement bien rangé pour une fois : même pas besoin de tout farfouiller pour trouver Picsou Magazine. Ma sœur était contente elle aussi : elle a pu tester le gel hydroalcoolique de l’entrée. Pour son anniversaire, elle a eu un joli carnet où elle classe tous les gels, selon leur parfum du plus dégoûtant au plus agréable. Je crois qu’elle y fait aussi la liste tout ce qu’elle touche en une seule journée, y compris les mains des copains-copines quand la maîtresse ne les regarde pas. Au supermarché, Maman a remis son masque. Il y avait plein de gens qui n’en avaient pas, et ce n’était vraiment pas pratique pour sentir si les melons étaient mûrs, mais Maman a dit qu’il fallait au moins le porter par respect et par solidarité avec les caissières. Je n’ai pas voulu la contrarier, mais je me suis demandé pourquoi les caissières ne le portaient pas, elles, le masque, et si Maman faisait semblant de ne pas s’en apercevoir. Ou peut-être qu’elle devrait faire changer ses lunettes ? Déjà qu’elle n’a pas identifié tout de suite non plus sa meilleure copine qui venait vers elle dans le rayon bio. Quand elles se sont enfin reconnues, elles se sont mises à se dandiner en souriant d’un air ravi mais gêné, je ne t’embrasse pas mais le cœur y est, et puis elles se sont mises à papoter à n’en plus finir comme d’habitude. La copine nous regardait ma sœur et moi en s’exclamant qu’on avait tellement grandi pendant le confinement, c’était tellement incroyable. Un peu pénible aussi. J’ai profité du moment où Maman lui demandait si elle connaissait un coiffeur sympa pour m’éclipser et repartir vers le rayon lecture pendant que ma sœur essayait de trouver son savon préféré dans le rayon d’à côté. Pas facile, le rayon était complètement vide. Niveau hygiène des mains tout le monde est devenu au top avec le covid. Pour l’hygiène des yeux, par contre, c’est quand même moins ça. Maman, au moins, elle a des lunettes, mais Papa, le temps qu’il récupère celles qu’il avait commandée avant le confinement, il s’est mis à utiliser une loupe pour lire. Ça lui faisait de gros yeux, et ils le devenaient encore plus quand il cherchait partout sa loupe avant de s’apercevoir que mon petit frère la lui avait prise pour observer les gendarmes dans le jardin. Quand je parle des gendarmes, je ne veux pas parler des messieurs qui ont fouillé le sac de Tata pour voir si elle avait bien acheté des courses de nécessité vitale, non, je veux parler des insectes que mon frère adore attraper pour les observer. Il les enferme dans une boîte avec des cailloux et de l’herbe, ou bien il leur organise des parcours avec des obstacles à franchir. Il les oblige à marcher sur des bouts de bois et il les rattrape quand ils veulent s’enfuir. Encore un peu et il va leur demander s’ils ont bien leur attestation de sortie dans le jardin. Quand on est rentrés des courses, Maman était drôlement contente d’avoir revu sa copine mais un peu déprimée parce que les melons n’étaient pas mûrs. Finalement, elle a annulé l’invitation qu’elle prévoyait de faire. Elle a dit que les apéros zoom c’était super sympa aussi.

Moi, je me demande comment ça va être quand les vacances à la mer vont commencer. On ne va pas nous faire le coup de la baignade zoom quand même ? Pas d’arnaque j’espère, je me méfie. Est-ce qu’il faudra porter un masque à la plage ? Ça sera un peu bizarre, mais après tout, ça sera toujours ça en moins à tartiner avec la crème solaire. Je suis prêt à toutes les concessions pour attraper des crabes. Papa et Maman n’arrêtent pas de dire qu’il n’y aura sûrement pas de deuxième vague, et puis quand ils voient l’air inquiet de mon petit frère, ils le rassurent, ils ne parlent pas de la mer en vrai mais de la maladie. Mon petit frère a l’air d’avoir encore plus peur, alors ils soupirent et ils changent de sujet, ils lui demandent combien de gendarmes il a attrapés et ils le félicitent pour toutes les flèches qu’il a fabriquées avec des brindilles. Moi, en vrai, je suis comme mon petit frère, j’espère bien qu’il y en aura des vagues, des qui mouillent avec de l’écume et du sel, et des coquillages qui font mal aux pieds. C’est chouette les vagues et j’aimerais bien que le covid ne me les abîme pas. Parce qu’avec l’amélioration de la crise sanitaire, si j’ai bien compris, tout le monde a l’air super content qu’on soit au creux de la vague… Mais au collège, quand on a étudié toutes les expressions en rapport avec la mer, la prof de français nous a expliqué que c’était l’angoisse d’être au creux de la vague, qu’on était déprimé comme quand on n’a pas le droit de voir ses amis ou sa famille, alors je sais plus trop quoi penser…Moi, j’aime bien l’idée d’être tout en haut d’une grosse vague qui va éclabousser tout le monde et faire crier ma sœur. C’est compliqué cette langue française qui bouge tout le temps. Peut-être qu’il vaut mieux que j’arrête de réfléchir… On verra bien… À l’abordage !

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